13 août 2016

Tes seins tombent, Susie Morgenstern

« Babie » – c’est toujours mieux que « mamie – a persuadé ses amis Dan et Nicole d’accueillir en vacances à la plage sa petite fille Yona. Mais à 13 ans celle-ci manque de conversation, elle pense plutôt à écrire des textos à ses copines ou à se baigner. Pourtant Babie se rappelle de ses propres parents et grands-parents mais aussi de la façon dont elle a élevé ses enfants et aujourd’hui elle aurait mille choses à lui demander : « Est-ce que tu penses que les jeunes devraient été protégés du malheur ? », « Qu’est-ce que tu veux qu’on dise de toi à ton enterrement ? », « Est-ce que tu préfères une vie passionnée et brillante, mais torturée, ou une vie sans imagination mais simple ? » « Ce quoi rêves-tu ? »...
Ce « mensch » en construction intrigue Babie : « Est-ce qu’elle sera généreuse ? […] est-ce qu’elle tentera de provoquer la vie autour d’elle ? Posera-t-elle des questions ? Aura-t-elle un élan vers les autres, en dehors des personnages de ses séries de télé américaines ? De la gentillesse, par exemple, envers son petit-frère qui l’idolâtre ? De l’empathie, pourra-t-elle se mettre à la place de quelqu’un et comprendre ses problèmes ? Sera-t-elle capable de dire « j’ai tort ! » ?... ».

► Mon avis
C’est un livre original à plusieurs points de vue. La narratrice est ici une grand-mère tandis que l’ado, Yona, est l’objet de son observation mais jamais le sujet : on ne sait pas ce qu’elle a en tête, elle est aussi mystérieuse pour le lecteur que pour la grand-mère. Original aussi car il n’y a pas d’action ou presque : le livre est plutôt conçu autour des réflexions de Babie et de l’évocation de ses souvenirs.
Cette partie psychologique n’est peut-être pas facile à lire pour un ado, un peu rébarbative. Quoiqu’il en soit si le lecteur parvient à surmonter cette réticence il se retrouve face à plein de questions philosophiques. Via le livre il peut sortir de sa condition adolescente pour être l’observateur de sa propre adolescence (tout le monde peut se reconnaître dans le personnage de Yona) ce qui me semble rare et potentiellement très riche.
En revanche sur les détails je suis plus partagée : la narratrice est certes une grand-mère mais elle n’a jamais que 61 ans alors qu’elle se met en scène comme si elle était vraiment vieille. Elle partage aussi le même lit que Yona, faute de place, et se montre nue à sa petite fille ce que je trouve complètement invraisemblable. Du coup l’évocation des seins qui est mise en valeur par le titre me paraît en décalage avec l’essentiel du livre. D’ailleurs cette phrase est la seule prononcée par Yona ou presque, elle fait de la grand-mère l’objet d’une étude faite par l’adolescente alors que c’est plus ou moins tout le contraire pendant le reste du livre. Bien sûr, à travers ses questions, ses souvenirs, on en apprend beaucoup plus sur la grand-mère que sur la petite fille mais pour moi le titre est en porte-à-faux avec le livre.

Actes Sud junior (coll. D’une seule voix, « dès 12 ans »), 2010, 84 pages.

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