29 novembre 2016

11h47, bus 9 pour Jérusalem, Pnina Moed Kass

Israël. Un jour apparemment comme un autre. Ils ont chacun leur passé, leur raison d’être là. Minute après minute, leur histoire, leur parcours, nous sont livrés. Il y a Thomas Wanninger, un Allemand de 16 ans qui arrive tout juste à Jérusalem. Il vient comme volontaire pour travailler dans un kibboutz et espère au passage apprendre la vérité sur son grand-père, nazi pendant la Seconde Guerre mondiale. Deux juifs s’apprêtent à l’accueillir : Baruch Ben Tov, jardinier passionné rescapé des camps, et Vera Brodsky, venue d’Odessa pour réinventer sa vie après le suicide de son petit ami. Il y a aussi Sameh et Omar, deux jeunes Palestiniens au sujet desquels les forces de sécurité s’interrogent. Des destins qui seront à jamais entremêlés par l’explosion d’un bus…

► Mon avis
Chacun porte son histoire, son passé, souvent lourd, souvent douloureux. Par un savant jeu de construction narrative à chacun est aussi donnée la parole : Thomas, Baruch, Vera sont successivement les narrateurs mais aussi des parents, amis, les jeunes terroristes, un patron israélien, un médecin, un journaliste, etc. Cela hache parfois un peu trop la lecture mais permet de multiplier les points de vue avec profit : les sujets auxquels s’attelle l’auteur sont en effet complexes et délicats. Conflit israélo-palestinien mais aussi suicide, honte, secrets de famille, travail de mémoire, etc. Le prisme des différents narrateurs permet d’appréhender sans caricature cette complexité. En peu de mots le lecteur touche par exemple du doigt les motivations de Sameh, le jeune terroriste palestinien.
L’explosion du bus survient à peu près au milieu de l’ouvrage qui est donc assez nettement divisé en deux. Ce choix est à mon avis une bonne idée : même si le titre français du roman et le récit des apprentis terroristes ne laissent pas grand doute sur la façon dont l’histoire va tourner, la première partie reste porteuse d’un futur qui aurait pu être autre : il n’est donc pas ici question de fatalité. À un bus près les choses auraient pu tourner autrement et il y aurait eu malgré tout de quoi faire un livre…
Ce roman réaliste est ainsi extrêmement riche, il parle de la difficulté de vivre le présent en assumant le passé, il parle des cauchemars qui nous poursuivent, des relations familiales et d’amitié, de la part obscure que l’on porte, mais aussi des humiliations quotidiennes subies par les Palestiniens ou encore des différents façon de lire le monde. De grands sujets abordés à travers un rythme soutenu qui tient le lecteur en haleine. Un exercice rare et maîtrisé, une matière précieuse pour la réflexion.

Milan, collection Macadam, 2005, 272 pages.
VO (États-Unis), Real Time, 2004.

24 novembre 2016

Il y a un garçon dans les toilettes des filles, Louis Sachar

Bradley est un cancre et un cas. Il ment comme il respire et fait tout pour maintenir éloignés tous ceux qui pourraient être tentés de se rapprocher de lui. Avec l’arrivée de Jeff, un nouveau dans sa classe de CM2, et surtout celle de Carla, une conseillère d’éducation pour le moins originale, ses stratégies de défense sont mises à mal. Bradley pourrait bien changer…

► Mon avis
Louis Sachar est sans doute davantage connu pour son livre Le Passage que pour celui-là. Écrit une douzaine d’années auparavant ce roman est pourtant lui aussi réjouissant. L’attitude de Bradley, non conventionnelle, surprend sans cesse et fait sourire. L’auteur ne manque pas d’imagination et son héros comme son scénario regorgent d’idées. On regrettera simplement que la fin soit un peu inférieure au reste.

École des Loisirs (Neuf, « 9 à 12 ans »), 2001, 238 pages. VO (USA) 1987.

22 novembre 2016

Mon Bel Oranger, José Mauro de Vasconcelos

Zézé a 5 ans et grandit dans une famille pauvre du Brésil. Il est très intelligent, curieux de tout, il connaît beaucoup de vocabulaire et sait déjà lire mais il a aussi le diable au corps et multiplie les bêtises. À cause de cela il est souvent battu, violemment, notamment par son père au chômage. Il se console auprès de Gloria, sa sœur, et auprès de Minguinho, un petit arbre auquel il raconte tout, même les histoires de cow-boys qu’il invente. Il peut aussi compter sur sa maîtresse, dont il fait la joie, et sur Aniovaldo, un chanteur de rue que Zézé accompagne le mardi. Mais ce qui va vraiment changer sa vie, c’est Portugâ, un homme riche qui va se prendre d’amitié pour lui, dans le plus grand secret, jusqu’au jour où…

► Mon avis
Il y a des classiques qui ne le sont pas par hasard. Qu’on le lise enfant ou adulte, le charme de ce roman d’inspiration autobiographique opère mystérieusement, irrésistiblement. Zézé est un personnage fantastique, extrêmement attachant, réaliste et humain. Page après page, il embarque le lecteur dans ses rêves, ses rires et ses pleurs. L’émotion est au rendez-vous et l’on ne peut que se laisser toucher, bouleverser malgré soi. Un livre à la fois triste et magnifique à lire ou relire sans hésitation. Un extrait d’enfance offert à l’état brut.

Sous-titre : Histoire d’un petit garçon qui, un jour, découvrit la douleur.
Hachette jeunesse (livre de poche), 1971, 247 pages. À partir de 10 ans. 
VO (portugais, Brésil) 1968.

19 novembre 2016

L’Écho des cavernes, Pierre Davy

Préhistoire. Sapiens est confronté aux limites du « wroumpf » pour communiquer. Il décide d’inventer progressivement le langage. Des sons, des mots, des phrases, des intonations, des conjugaisons : une vraie révolution pour sa tribu…

► Mon avis
Un livre réellement réjouissant. L’humour qui s’y déploie ne parlera pas forcément à tout le monde mais j’y ai pour ma part complètement adhéré. L’auteur fait preuve d’une inventivité étonnante, multiplie les jeux de mots mais aussi les références bibliques, il joue sur les différents registres de langue et nous fait redécouvrir le langage. Un régal.

Syros jeunesse, 2002, 148 pages. « Dès 13 ans. »

10 novembre 2016

Les Penderwick – tome 1 : L’été de quatre sœurs, de deux lapins et d’un garçon très intéressant, Jeanne Birdsall

Cet été les quatre filles Penderwick et leur père louent une maison attenante à une grande propriété. Celle-ci est habitée par une femme snob et peu aimable, Mme Tifton, et son fils Lucas. Rapidement Mme Tifton a de bonnes raisons de s’inquiéter de la menace que représentent ces nouveaux voisins sur sa participation au concours du plus beau jardin... En revanche Lucas voit débarquer cette joyeuse compagnie comme une vraie bouée de sauvetage. Il découvre ainsi Rosalind, 12 ans, qui agit déjà comme une adulte – ce qui lui joue des tours quand il s’agit de penser à Thomas, le jardinier de 18-19 ans –, Jeanne, 10 ans, écrivaine en herbe, Skye, 11 ans, casse-cou passionnée de maths et la petite Linotte, 4 ans, toute timide mais vraie maîtresse du chien Crapule.

► Mon avis
Un livre toujours sur le fil : on n’est jamais loin de la niaiserie, des bons sentiments et des amours adolescentes, mais on y échappe. Le personnage de Lucas est un peu léger, ce qui est dommage, en revanche les quatre filles sont très bien traitées : chacune avec son caractère, toutes explosives. C’est très vivant, souvent drôle et on ne boude pas son plaisir. Un adulte n’y trouve pas totalement son compte mais les jeunes lecteurs se régaleront sûrement.

Pocket jeunesse, 2008, 251 pages (écrit gros). VO (anglais USA) 2005. (National Award Book 2005).

8 novembre 2016

Quatre sœurs – tome 1 : Enid, Malika Ferdjoukh

Elles sont quatre sœurs – c’est-à-dire cinq filles, de 8 à 21 ans environ –, seules à se débrouiller dans une grande maison depuis la mort de leurs parents : Enid la petite, Bettina, la « peste sur les bords », Hortense la lectrice, Geneviève qui prend des cours de box thaï en douce et Charlie, l’aînée, autour de qui rôde le jeune médecin Basile. Dans ce tome on croisera aussi Colombe, hébergée pour un temps et faisant enrager Bettina par son côté petite fille modèle, un sycomore tombé dans le puits du jardin, un bruit mystérieux de fantôme, ou encore des apparitions des parents décédés…

► Mon avis
J’avais hésité avant de lire ce livre, bien à tort : Malika Ferdjoukh nous offre une série revigorante, tant par la langue que par l’histoire. Il vaut mieux être bien accroché car, à l’image d’une Marie-Aude Murail des bons jours, l’auteur s’en donne à cœur joie et nous emporte à un rythme trépidant. Les répliques des orphelines fusent, bien loin de l’image gnangnan qu’on pourrait en avoir. Une langue joyeuse, vivante, inventive, dynamique, à laquelle font écho les rebondissements de situation. Un concept et un style qui m’ont fait penser aux enfants Tillerman de Cynthia Voigt. À lire et à offrir sans modération.

École des Loisirs (Médium, « 12 à 16 ans »), 2003, 138 pages.

6 novembre 2016

Quitter son pays, Marie-Christine Helgesson

C’est la guerre au Laos, les Hmongs sont persécutés, violés, tués, leur récolte détruite. Une seule solution pour eux : traverser le Mékong et parvenir en Thaïlande même si la vie là-bas ne s’annonce pas facile. Meng et sa famille se lancent dans l’aventure.

► Mon avis
C’est un livre court, facile à lire et pourtant le thème et même son traitement sont bien rudes ! D’un point de vue historique cela manque de détails, d’explications (on ne sait pas quand cela se passe exactement, qui sont les acteurs de la guerre, quelle en est la cause, etc.) mais ce n’est pas non plus le but étant donné le public visé : le roman permet déjà une ouverture appréciable sur le sujet. C’est un livre que je recommande tout à fait mais qui me semble en revanche un peu surestimé de proposer à des enfants de 7 ans comme le suggère cette édition. L’édition de 2010 semble s’en être aperçue puisqu’elle indique « dès 9 ans ».

Flammarion (Castor Poche jeunesse), 124 pages, 1981. « Dès 7-8 ans. »