30 juillet 2016

Moi, Ambrose, roi du scrabble, Susin Nielsen

Ambrose est le souffre-douleur au collège de trois têtes à claque, Nif-nif, Naf-naf et Nouf-nouf – tels qu’il les surnomme… Il faut dire qu’il a tout pour plaire : une maman hyper protectrice, pas d’argent et donc des fringues pourries, une dangereuse allergie pour les cacahuètes et – cerise sur le gâteau – un art de la conversation qui lui joue des tours. Ambrose a en effet une langue bien pendue et une forte tendance à parler « sans filtre ». C’est ainsi qu’il fait la connaissance de son nouveau voisin, Cosmo, de retour chez les gentils M. et Mme Economopoulos après une étape par la case prison pour cambriolage. Ambrose en fait son chauffeur pour le club de Scrabble et Cosmo fait d’Ambrose son alibi pour fréquenter Amanda, la charmante responsable du club. Une équipe qui roule jusqu’à ce que...

► Mon avis
Cela faisait longtemps que je n’avais pas été autant enthousiasmée par un livre jeunesse : je l’ai dévoré.
Le livre a la bonne idée de ne pas se situer exclusivement dans le contexte du collège, entre « jeunes » : Ambrose est confronté à ses trois tortionnaires mais aussi à sa mère, à ses voisins, aux gens du club de Scrabble : tout un univers varié qui bouscule ses représentations. Cela crée des situations comiques et pleines de rebondissements (en particulier sur ses mensonges vis-à-vis de sa mère) dans lesquelles le processus d’identification du lecteur peut jouer à plein. Ambrose lui-même est un personnage extrêmement réussi, très haut en couleur. Son franc-parler en particulier est impayable d’inventivité. L’auteur a le don de brosser des scènes et des caractères en très peu de mots en étant à la fois très évocateur et original. L’humour joue sur des registres très différents : l’effet de surprise, les jeux de mots, l’imbroglio des situations, les allusions triviales, le passage du réalisme au romanesque, etc. Les parties de scrabble sentent le vécu et les mensonges dans lesquels un enfant peut s’enferrer sont extrêmement bien rendus.
Pas grand-chose à redire donc si ce n’est l’évocation au début du livre de la « bonne douzaine » d’érections d’Ambrose ou celle de son « pyjama fusée dont dépassait un testicule » vers la fin : des détails qui n’ajoutent rien au livre et peuvent lui ôter de la fraîcheur et des lecteurs.

Helium, 2012, 208 pages. VO (anglais, Canada) 2008.

27 juillet 2016

La Princetta et le Capitaine, Anne-Laure Bondoux

Refusant d’épouser un homme qu’elle n’aime pas, Malva, princesse héritière de Galnicie s’enfuit avec sa chambrière, Filomène. Le roi envoie un équipage à sa recherche sur lequel embarque Orféus Mac Bott, fils de pirate. S’ensuivent des rencontres (un musclor, une fille multilingue, un cuisinier, des jumeaux…) et de multiples aventures, notamment dans l’Archipel, au-delà du monde connu.

► Mon avis
Pas immortel mais très agréable, plaisant : il se passe beaucoup de choses, le rythme est soutenu, l’auteur ne manque pas d’imagination et l’on prend plaisir à suivre ses différents personnages. Un regret pour la fin : un peu trop de morts pas forcément nécessaires. Certains passages auraient pu être plus développés, et du coup cela aurait peut-être mérité un deuxième tome mais même en l’état on ne boude pas son plaisir.

Hachette, 2004, 524 pages. « Dès 9 ans. »

26 juillet 2016

La Bibliothécaire, Gudule

Guillaume part à la recherche d’Ida, fille fantasme, et d’un mystérieux grimoire qu’auraient possédé tous les écrivains. Il traverse au passage des livres comme Alice au pays des merveilles, Poil de carotte, Les Misérables, Le Petit Prince ou des poésies de Rimbaud.

► Mon avis
Le début et – dans une moindre mesure – la fin condensent tout ce que je fuis : le gnangnan et les stérétotypes à la chaîne. Ils pourraient presque servir dans un guide de « ce qu’il ne faut pas faire »… C’est dommage car le parcours à travers les livres est en revanche plutôt bien conçu. L’idée, en particulier, est très bonne, riche pour l’imagination. Au total c’est donc une déception.

Première édition 1995. 
Livre de poche jeunesse (coll. Fantastique), 2001, 187 pages. « Dès 9 ans. »

Les Désastreuses aventures des orphelins Baudelaire, t. III : Ouragan sur le lac, Lemony Snicket

Violette, Klaus et Prunille, orphelins avec un important héritage, sont confiés par M. Poe (banquier gérant leurs affaires) à leur tante Agrippine, veuve passionnée de grammaire et d’orthographe. Cette dernière, qui habite sur un piton surplombant un lac habité par des sangsues, est bien intentionnée mais peureuse au possible. Sa protection contre l’oncle Olaf, homme sans scrupule qui poursuit les enfants pour leur héritage, est donc très limitée et les enfants doivent se débrouiller seuls pour s’en sortir.

► Mon avis
Le livre et son auteur prétendent horrifier le lecteur par le récit d’histoires tragiques. C’est malheureusement une prétention qu’ils n’honorent pas vraiment. Certes il s’agit de second degré, d’humour noir, et le comique de situation doit l’emporter (cf. le souci du français correct de la tante à des moments inopportuns), mais j’ai trouvé que cela ne fonctionnait qu’à moitié, avec la désagréable impression de ne pas bien savoir sur quel pied danser. Je reste donc perplexe devant le succès considérable que cette série a pu avoir.

Nathan, « dès 9 ans », 2002, 192 pages.

25 juillet 2016

Le Passage, Louis Sachar

Stanley est envoyé à cause d’une erreur judiciaire au Camp du Lac vert, sorte de camp de redressement pour jeunes délinquants, en plein désert. Un camp tenu par une drôle de directrice qui leur fait creuser chaque jour un trou de 1 m 50 sur 1 m 50...
Un livre où il est aussi question de malchance héréditaire, d’odeurs de pied, de trésors enfouis, ou encore d’oignons guérisseurs.

► Mon avis
Génial. L’auteur nous plonge dans un univers relevant du fantastique mais magnifiquement mêlé à des éléments réels, courants. L’imagination fonctionne à plein régime. Un petit bijou qui se dévore sans s’arrêter.

École des loisirs (Médium, « dès 13 ans »), 2000, 278 pages. VO 1998, titre original : Holes. Prix Sorcières (romans adolescents) 2001.

La Tête à l'envers, Anne Fine

Stuart Terence Oliver, dit Stol, a eu un grave accident mystérieux et se retrouve à l’hôpital, plâtré de partout. Son ami Ian, un enfant adopté après abandon, décide de se faire son biographe et raconte ses excentricités passées. Car Stol, avec deux parents déjà assez originaux, est un sacré numéro : mythomane, disant toujours ce qu’il pense, ayant toujours des histoires à raconter…

► Mon avis
On reste un peu sur sa faim mais le livre est très tendre, bourré de bonnes idées, d’histoires enchâssées, de bonne humeur. Le personnage loufoque de Stol ne mène nulle part mais il est très vivant (comme celui de Ian) et l’on prend plaisir à découvrir ses idées.

École des Loisirs (Médium), 195 pages, 2006. VO 2002 (Grande-Bretagne) « Up on Cloud Nine ».

22 juillet 2016

Simple, Marie-Aude Murail

Kléber, 17 ans, intello, a décidé de prendre à sa charge son frère Simple, 22 ans, déficient mental, accompagné de son fidèle compagnon, Monsieur Pinpin, peluche dont les conseils ne sont pas toujours judicieux… Aidé des locataires Enzo, Corentin, Emmanuel et Aria, Kléber fait de son mieux et tente aussi de gérer ses amours, ses amis…

► Mon avis
Rien à redire, très réaliste. Cette auteure connaît décidément bien les ados d’aujourd’hui. Tout sonne juste. Le sujet est délicat, difficile, mais Marie-Aude Murail est armée d’humour et d’un langage inventif. Elle l’enlève, le transporte, le met à portée de tous, dans le monde et non dans un espace clôt, un centre spécialisé. Un régal.

École des loisirs (Médium, « 12 à 16 ans »), 2004, 206 pages.