24 octobre 2016

La Vie à reculons, Gudule

Thomas est séropositif. Il redouble sa quatrième dans une nouvelle école et décide avec ses parents de ne rien dire aux élèves. Mais lorsqu’il se rapproche d’Elsa, un professeur trahit son secret. Thomas doit alors faire face aux regards qui changent, entre mépris et pitié.

► Mon avis
Le sujet est original et a le mérite d’être traité. Néanmoins j’ai trouvé que le ton de la première partie, et plus généralement de tout ce qui avait trait à la relation entre Thomas et Elsa, était assez niais. En revanche le traitement qui est fait de l’exclusion et du sentiment de différence est plutôt réussi. Un livre facile à lire qui plaira aux plus jeunes.

Livre de poche jeunesse, 1994, 219 pages.

22 octobre 2016

C’est la vie, Lili, Valérie Dayre

Lili part en vacances à la mer avec ses parents. Il fait beau et chaud mais l’ambiance est tendue : chacun est fatigué, sous tension, et les embouteillages ne sont pas là pour améliorer les choses. Sur le relais d’autoroute Lili est agressée par les néons et trouvent que les gens s’agitent surtout pour oublier leur solitude. Elle se sent de trop et imagine que ses parents se passeraient bien d’elle pour se « ressourcer » pendant les vacances. Lorsqu’elle voit une famille abandonner son chien elle se met à la place de ce dernier et raconte la suite comme si elle-même avait été abandonnée.

► Mon avis
Ce roman joue en permanence sur la frontière entre fiction et réalité, entre vérité et mensonge. Cette incertitude assumée est très bien menée et le lecteur ne sait jamais sur quel pied danser. Cela en déstabilisera sûrement certains et ce choix narratif peut étonner dans la collection « Neuf » de l’École des Loisirs : on l’attendrait davantage pour des lecteurs plus âgés. Dans son journal de vacances Lili mène une réflexion désabusée sur la vie de ses parents, la vie en général. Elle s’imagine une vie en compagnie du chien et parle avec lui. On fait volontiers le parallèle avec le renard du Petit Prince de Saint-Exupéry. Tout n’est pas parfait mais de nombreux éléments et remarques font mouche.

École des Loisirs (Neuf, « 9 à 12 ans »), 2002, 152 pages. 
Première édition Rageot, 1991. Prix Sorcières 1992.

19 octobre 2016

La Première Fois que j’ai eu 16 ans, Susie Morgenstern

À 16 ans Hoch est une adolescente new-yorkaise, complexée par son tour de taille et habitée par mille idées à la seconde. Elle ambitionne d’être contrebassiste dans le jazz-band du lycée, est bavarde, se sait intelligente, est chouchoutée par sa mère et ses deux sœurs, veut fuguer, rencontrer son mari…

► Mon avis
Autobiographie romancée, ce livre regorge de remarques justes et drôles, en particulier sur les méandres de l’adolescence. Cependant sa construction est très cadrée : chaque chapitre commence par « La première fois que j’ai eu seize ans… » et aborde un sujet donné. Ainsi il n’y a pas de progression narrative ou d’intrigue principale : seule la contrebasse peut éventuellement être identifiée comme fil conducteur. En ce sens, l’ensemble ne forme pas à mon avis un roman : tout semble s’y valoir, ce qui n’encourage pas à tout lire. Dommage…

École des Loisirs (Médium, « 12 à 16 ans »), 1989, 204 pages.

17 octobre 2016

Le Petit Cœur brisé, Moka

Mélaine a perdu ses parents et son grand-père et, à 11 ans, c’est au tour de sa grand-mère de décéder. Elle hérite de sa fortune et est recueillie par deux grandes tantes très excentriques, Heidi et Gretchen. Avec elles sa vie bascule : elle découvre la joie de vivre et se lance dans une enquête mouvementée entre intrigues autour de l’héritage, vols, meurtres, secrets de famille et même fantômes…

► Mon avis
C’est un roman bien mené qui tiendra les jeunes lecteurs en haleine : suspens et action sont vraiment au rendez-vous. Si l’intrigue est plutôt bien montée un adulte devinera néanmoins un certain nombre d’éléments avant leur révélation. Je n’ai pas non plus été complètement convaincue par les légères touches de surnaturel. Sans être parfait, l’ensemble est cependant non seulement intelligent mais très vivant. À conseiller donc.

École des Loisirs (Médium, « 12 à 16 ans »), 2001, 168 pages. Prix Tam-Tam/Je Bouquine (11-15 ans) 2002.

12 octobre 2016

Bonne nuit, sucre d’orge, Heidi Hassenmüller

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale l’enfance de Gaby est celle de beaucoup d’enfants : un père décédé et des conditions matérielles difficiles. Son univers est cependant bouleversé par l’arrivée d’un ancien ami de son père qui rapidement s’installe chez eux et épouse sa mère. Ce nouveau « Papa » l’appelle son « sucre d’orge » et abuse d’elle. Attouchements, violence, honte cachée font désormais le quotidien de Gaby.

► Mon avis
C’est un roman osé et dont on ne ressort pas indemne. L’écriture est très simple et les abus sexuels côtoient l’école ou les entraînements de ping-pong. À la maison, la menace plane et Gaby est constamment sur ses gardes, de peur de se retrouver seule avec Papa. Menace omniprésente, angoissante, qui habite chacune de ses pensées et qui oppresse également le lecteur. L’auteure raconte ici un peu de sa propre enfance. Elle ne s’attarde pas sur les détails des sévices subis mais elle se fait peut-être d’autant mieux comprendre. On est à la fois très mal à l’aise et fasciné par cette mécanique implacable.
L’objet du roman est aussi le non-dit, l’isolement : Gaby a honte d’elle-même et se mure dans le silence. Sa mère ne voit rien ou se refuse à voir et ceux qui s’interrogent à son sujet préfèrent ne pas approfondir, ne pas s’immiscer dans sa vie privée. Le roman a donc le grand mérite de parler d’un sujet tabou – les abus sexuels sur mineurs étant un phénomène bien plus courant qu’on ne le pense – mais aussi de susciter, de délier la parole. Les contacts d’association comme « Allô Enfance Maltraitée » sont donnés en fin d’ouvrage.

Seuil, 2003, 149 pages. VO (Allemagne) 1992.

10 octobre 2016

Passeuse de rêves, Lois Lowry

« La Plus Petite » est une apprentie douée : guidée par « Tatillonne » puis par « Vieux et mince » elle apprend à voleter, toucher les objets, s’en imprégner, afin de créer de doux rêves pour les humains. Et il y a fort à faire : la femme dont elle est en charge a recueilli un jeune garçon, Johnny. Toujours sur la défensive, il a beaucoup souffert : les rêves ne seront pas de trop face à ses cauchemars. Heureusement le chien Tobie est une source d’inspiration inépuisable pour les rêves que crée Petite…

► Mon avis
C’est un livre tout léger, tout simple. Il peut se lire dès l’âge de 10 ans sans doute et permet plusieurs niveaux de lecture. L’auteur plonge à la racine des rêves et des souvenirs, des impressions qui les constituent. Elle crée pour cela tout un univers, celui de « Petite », dans lequel elle immerge avec succès le lecteur. Cela ne vaut pas Le Passeur mais Lois Lowry parvient à éviter les pièges du mièvre pour nous offrir un roman empli de fraîcheur et de naïveté.

École des loisirs (Médium, « 12 à 16 ans »), 2010, 168 pages. VO (USA) 2006.

8 octobre 2016

L’Arche part à 8 heures, Ulrich Hub

Trois pingouins, deux grands et un petit, se disputent, s’ennuient et discutent de l’existence de Dieu :
— Comment être sûr qu’il existe puisqu’il est invisible ?
— Mais il faut bien que quelqu’un ait créé la Terre, non ?
Les choses semblent se préciser avec l’arrivée d’une colombe qui vient leur annoncer que Dieu, justement, en a marre des hommes et des animaux. Il a prévu d’engloutir la Terre sous un Déluge. Heureusement, la colombe a deux tickets pour embarquer à bord de l’Arche de Noé. Deux ? Oui mais voilà, ils sont trois…

► Mon avis
C’est un roman comme il est rare d’en trouver : un objet non identifié, atypique, drôle, philosophique, simple, drôle (je l’ai déjà dit ?), intelligent… Le roman, qui comprend de nombreuses illustrations, est tiré d’une pièce de théâtre écrite en 2006 et qui a également été adaptée en pièce radiophonique.
Ces drôles de pingouins qui avouent « puer » et avoir été un peu « ratés » lors de la Création – des oiseaux qui nagent mais ne volent pas, c’est assez injuste… – sont une entrée royale pour parler de choses pas si simples. Car, à force de se disputer pour passer le temps, les invités surprises de l’Arche de Noé se posent de bonnes questions et trouvent parfois une inspiration inattendue. L’auteur fait la part belle aux dialogues et parvient à doser habilement effets comiques et questions métaphysiques pour le bonheur des petits et des grands. À lire sans modération.

Alice Editions (Buxelles), 2008, 90 pages. VO (Allemagne) 2007. 
Prix Tam-Tam/J’aime Lire (7-11 ans) 2008 – Prix Sorcières (roman 9-12 ans) 2009.

6 octobre 2016

Le Fils de la sorcière, Michael Gruber

Un matin, au cours d’une cueillette, une femme découvre un bébé dans un panier et décide de le recueillir et de l’élever. Mais la femme n’est pas n’importe quelle femme et l’enfant pas n’importe quel enfant. Elle, est une sorcière talentueuse, lui, est hideux. Élevé seul, Tibou – c’est son nom – prend de mauvaises habitudes. Surtout, il se croit beau. La confrontation avec des enfants lui ôte toute illusion et lui met la haine au cœur. Dans son désir de vengeance il s’adresse aux djinns. Commence alors une vie de saltimbanque, une vie de fuite, entre désirs et dépits.

► Mon avis
Un drôle de roman, très original à plusieurs points de vue. Il s’agit d’une sorte de long conte qui s’adresse aux plus grands : Tibou et Aude, rencontrée en cours de route, sont comme la Belle et la Bête, on croise aussi Hansel et Gretel, il est question de la Belle au bois dormant, de Cendrillon et de son carrosse, et de bien d’autres. L’auteur joue ainsi avec la culture commune et la réinvestit, ce qui est assez plaisant.
La forme de conte est surprenante mais peut-être plus encore l’histoire, qui est très noire. Tibou, le héros de l’histoire, est en effet méchant et antipathique pendant largement quatre cinquième du livre. Il fait le désespoir de sa mère et de son compagnon Falance par son arrogance. Certes il est laid et en souffre mais il ne dépasse jamais cette condition, il n’a par exemple aucune reconnaissance pour celle qui l’a recueilli. On pense finir le roman sans que jamais rien de bon ne sorte de lui, ce que je ne pense pas avoir vu autre part. C’est donc une réflexion très intéressante sur la condition humaine même s’il est question de sorcières et de gnomes : il s’agit de savoir que faire de ce que l’on a reçu, de ses dons et de ses défauts.
Il me semble ainsi que l’effet de ce roman peut être très fort auprès d’un lecteur adolescent en rébellion contre ses parents. Il donne l’occasion de réfléchir à ce que l’on a reçu, à son attitude, à qui l’on veut être. Une façon originale et subtile de faire passer un message. À offrir à tous les ados rebelles…
N.-B. : le livre est apparemment épuisé ce qui est bien regrettable.

Pocket jeunesse (grand format), 2006, 268 pages. VO (USA) 2005.

4 octobre 2016

L’Atlas d’émeraude, John Stephens

À 4 ans, Kate a été réveillée par sa mère qui lui a fait promettre de veiller sur ses frères et sœurs, Michael et Emma. Du reste, de son nom de famille, elle ne se souvient de rien. D’un orphelinat à l’autre les enfants sont restés soudés, habités par l’espoir de retrouver un jour leurs parents. Leur quotidien est bouleversé par leur arrivée dans le mystérieux orphelinat de Cambridge Falls : seuls enfants dans un paysage désolé, ils découvrent un livre qui permet de voyager dans le temps. Ils sont ainsi propulsés quinze ans en arrière, au même endroit, et découvrent qu’une sorcière y fait régner la terreur : prenant en otage tous les enfants du comté elle oblige leurs parents à travailler pour elle. Les trois enfants ne tardent pas à découvrir qu’elle est en réalité à la recherche du livre en leur possession. Menacés, divisés, confrontés à des « Hurleurs » et à des nains, ils engagent un bras de fer à l’issue incertaine…

► Mon avis
Ce roman est le premier tome d’une série intitulée Le Livre des origines. Je l’ai lu suite aux recommandations du magazine Je Bouquine et à la critique positive publiée sur le site Ricochet. Quelle déception ! Bien sûr je ne suis pas le public visé et les défauts que je vois ne seront a priori pas perceptibles par un enfant mais tout de même... J’y vois avant tout une série commerciale, un remake de livres de fantaisie déjà vus, en particulier Le Seigneur des anneaux et Le Monde de Narnia.

Le début m’a semblé infiniment laborieux. L’auteur y plante le décor avec de gros sabots sous prétexte de laisser entrevoir le grand mystère de la naissance de ces enfants : qui ils sont et quelle menace pèse sur eux du fait de leur origine. On voit avant tout le procédé, l’intention : c’est très lourd. Le roman commence à prendre un peu de rythme une fois que les enfants atterrissent à Cambridge Falls mais l’on reste néanmoins dans du déjà vu.
La sorcière, « très belle et très méchante », m’a laissée indifférente. Elle travaille en outre elle-même pour un maître qui n’apparaît pas dans ce tome, ce que je trouve pénible : les livres devraient pouvoir exister par eux-mêmes et être développés si le succès est au rendez-vous.
Michael est l’artisan d’une sorte de trahison auprès de ses sœurs (ils les attirent auprès de la sorcière), mais j’ai trouvé le passage en question extrêmement mal écrit et peu convaincant.
Le docteur Pym, directeur de l’orphelinat et magicien, est une sorte de Dumbledore mais il est loin de posséder sa classe. L’auteur tente bien de le rendre mystérieux mais il parvient juste à le rendre énervant.
Les personnages des nains sont davantage réussis et plutôt amusants. L’auteur joue ici avec les codes littéraires de la fantasy : ce qu’ils sont censés être et comment certains ont dévié.

Le roman séduira certainement les lecteurs qui n’ont pas encore beaucoup de livres à leur actif : on y trouve beaucoup de personnages exotiques, du mystère, une idée de « destin » pour les enfants comme il en existe pour Harry Potter, etc. En revanche si l’on recherche de la nouveauté et un peu de profondeur au-delà du divertissement, mieux vaut passer son chemin…

Milan, 2011, 442 pages. « À partir de 12 ans. »

2 octobre 2016

Momo, Michael Ende

Momo, une petite fille vagabonde, s’installe un jour dans l’amphithéâtre de la ville. Les habitants venus la voir décident de respecter son désir et de l’y laisser. Ils s’occupent de la nourrir, de l’équiper, et très vite prennent l’habitude de venir la voir régulièrement. Car Momo a une qualité très particulière : elle sait écouter.
Pourtant, peu à peu, les visiteurs se font rares : des hommes en gris sont à l’œuvre, des voleurs de temps. Ils réussissent à convaincre les habitants que le temps est rare et précieux, que c’est du gâchis de le passer à voir des amis, se divertir… Chacun se met donc à travailler frénétiquement. Même les deux meilleurs amis de Momo, Gigi le conteur et Beppo le balayeur, sont contaminés. À l’aide d’une mystérieuse tortue, Momo entre en résistance…

► Mon avis
On connaît davantage Michael Ende pour son roman L’Histoire sans fin que pour celui-ci, écrit quelques années plus tôt, en 1973. Momo est une réflexion sur le temps, sur ce qu’il est et ce que l’on en fait. L’auteur s’y livre à une critique des dérives de la société capitaliste : il s’agit d’une sorte de conte philosophique. Les « voleurs de temps » du roman ont ceci de particulier qu’ils réussissent à persuader tout le monde d’ « épargner » du temps : ce sont les habitants qui choisissent eux-mêmes de travailler de plus en plus vite, sans plus prendre la peine d’être aimables, sans plus y prendre plaisir non plus. Ils font ainsi leur propre malheur. Le thème est passionnant et intemporel et le roman n’est donc pas du tout daté. On y trouvera beaucoup de bonnes idées et les jeunes lecteurs seront poussés à se poser des questions intéressantes.
J’ai cependant été déçue en tant qu’adulte car, à partir d’un très bon sujet, je trouve que M. Ende propose un roman très manichéen et moralisateur. Manichéen car on aboutit rapidement à « la gentille Momo contre les vilains Messieurs gris », moralisateur car le message du roman est un peu trop appuyé : les amis c’est important, plus important que l’argent, le travail, etc. L’intention est louable mais le résultat bien maladroit…

Bayard jeunesse (collection « Estampille »), 2009, 431 pages. VO (Autriche) 1973.