Charlie Gordon a 32 ans et est déficient mental. Il travaille dans une boulangerie et malgré ses difficultés, sa forte propension à oublier les choses, il a la volonté d’apprendre, de progresser. Il suit pour cela les cours de Miss Kinian qui a réussi à lui apprendre à écrire. Devant sa motivation elle l’a mise en relation avec le Dr Strauss et le Pr Nemur. Tous deux ont mis au point une opération chirurgicale « rendant intelligent ». Ils l’ont testée jusqu’ici seulement sur des animaux, dont une souris, Algernon. Devant les résultats encourageants ils souhaitent faire l’expérience sur un être humain. Charlie ne comprend pas trop les risques mais se porte volontaire. Jour après jour, il rédige des comptes rendus pour le laboratoire et évolue ainsi sous les yeux du lecteur.
Je suis tombée par hasard sur ce livre, je n’en avais jamais entendu parler, bien à tort. C’est un livre remarquable à de nombreux points de vue. Sur le plan philosophique, anthropologique, il aborde des sujets passionnants et propose une situation qui bouscule, qui questionne, car avec l’intelligence ce sont toutes les relations sociales qui sont bouleversées : le caractère évolue, le positionnement moral aussi et les rapports aux autres se recomposent. L’auteur passe au crible de son scénario imparable toutes les situations de la vie : les relations professionnelles, familiales, amicales, amoureuses. Charlie prend rapidement conscience que l’intelligence qu’il acquière ne va pas forcément de paire avec une vie plus facile, plus heureuse, peut-être même au contraire. Le roman évolue ainsi au fur et à mesure que croît l’intelligence de Charlie : au début Charlie est drôle malgré lui grâce à sa naïveté puis il perd de son innocence, se retrouve face à la complexité de la vie, et son quotidien comme le roman deviennent plus lourds.
C’est la deuxième grande prouesse du roman : le travail littéraire accompli par l’auteur est impressionnant. Il réussit à faire percevoir l’évolution intellectuelle de Charlie à travers son évolution stylistique. Le coup de génie consiste bien sûr à avoir choisi Charlie comme narrateur. La nature de ses comptes rendus est ainsi en mutation tout au long du roman : d’abord courts, bourrés de fautes d’orthographes, factuels, puis, au fur et à mesure que les phrases s’allongent, émerge une pensée, une analyse personnelle des événements vécus. Charlie commence à faire un retour sur lui-même, à se référer au passé, à reconsidérer les faits selon un point de vue différent, c’est passionnant.
Un roman qui pourrait être étudié, décortiqué. Une mécanique implacable mais aussi terriblement humaine. Une idée de scénario formidable, très riche et très bien exploitée. Chapeau et merci !
Flammarion (Tribal), 2004, 452 pages.
VO (USA) 1959-1966, VF 1re édition 1972.
C’est la deuxième grande prouesse du roman : le travail littéraire accompli par l’auteur est impressionnant. Il réussit à faire percevoir l’évolution intellectuelle de Charlie à travers son évolution stylistique. Le coup de génie consiste bien sûr à avoir choisi Charlie comme narrateur. La nature de ses comptes rendus est ainsi en mutation tout au long du roman : d’abord courts, bourrés de fautes d’orthographes, factuels, puis, au fur et à mesure que les phrases s’allongent, émerge une pensée, une analyse personnelle des événements vécus. Charlie commence à faire un retour sur lui-même, à se référer au passé, à reconsidérer les faits selon un point de vue différent, c’est passionnant.
Un roman qui pourrait être étudié, décortiqué. Une mécanique implacable mais aussi terriblement humaine. Une idée de scénario formidable, très riche et très bien exploitée. Chapeau et merci !
Flammarion (Tribal), 2004, 452 pages.
VO (USA) 1959-1966, VF 1re édition 1972.