23 juillet 2017

Des Fleurs pour Algernon, Daniel Keyes

Charlie Gordon a 32 ans et est déficient mental. Il travaille dans une boulangerie et malgré ses difficultés, sa forte propension à oublier les choses, il a la volonté d’apprendre, de progresser. Il suit pour cela les cours de Miss Kinian qui a réussi à lui apprendre à écrire. Devant sa motivation elle l’a mise en relation avec le Dr Strauss et le Pr Nemur. Tous deux ont mis au point une opération chirurgicale « rendant intelligent ». Ils l’ont testée jusqu’ici seulement sur des animaux, dont une souris, Algernon. Devant les résultats encourageants ils souhaitent faire l’expérience sur un être humain. Charlie ne comprend pas trop les risques mais se porte volontaire. Jour après jour, il rédige des comptes rendus pour le laboratoire et évolue ainsi sous les yeux du lecteur.

► Mon avis
Je suis tombée par hasard sur ce livre, je n’en avais jamais entendu parler, bien à tort. C’est un livre remarquable à de nombreux points de vue. Sur le plan philosophique, anthropologique, il aborde des sujets passionnants et propose une situation qui bouscule, qui questionne, car avec l’intelligence ce sont toutes les relations sociales qui sont bouleversées : le caractère évolue, le positionnement moral aussi et les rapports aux autres se recomposent. L’auteur passe au crible de son scénario imparable toutes les situations de la vie : les relations professionnelles, familiales, amicales, amoureuses. Charlie prend rapidement conscience que l’intelligence qu’il acquière ne va pas forcément de paire avec une vie plus facile, plus heureuse, peut-être même au contraire. Le roman évolue ainsi au fur et à mesure que croît l’intelligence de Charlie : au début Charlie est drôle malgré lui grâce à sa naïveté puis il perd de son innocence, se retrouve face à la complexité de la vie, et son quotidien comme le roman deviennent plus lourds.
C’est la deuxième grande prouesse du roman : le travail littéraire accompli par l’auteur est impressionnant. Il réussit à faire percevoir l’évolution intellectuelle de Charlie à travers son évolution stylistique. Le coup de génie consiste bien sûr à avoir choisi Charlie comme narrateur. La nature de ses comptes rendus est ainsi en mutation tout au long du roman : d’abord courts, bourrés de fautes d’orthographes, factuels, puis, au fur et à mesure que les phrases s’allongent, émerge une pensée, une analyse personnelle des événements vécus. Charlie commence à faire un retour sur lui-même, à se référer au passé, à reconsidérer les faits selon un point de vue différent, c’est passionnant.

Un roman qui pourrait être étudié, décortiqué. Une mécanique implacable mais aussi terriblement humaine. Une idée de scénario formidable, très riche et très bien exploitée. Chapeau et merci !

Flammarion (Tribal), 2004, 452 pages. 
VO (USA) 1959-1966, VF 1re édition 1972.
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17 juin 2017

L'Envol, Rinsai Rossetti

La vie de Frenenqer Paje, 17 ans, est le fruit des décisions de son père. Il la voulait irréprochable, elle a fait de son mieux. Mais cette existence corsetée lui pèse : elle est comme un paquet passant de la boîte « maison » à la boîte « école » en passant par la boîte « voiture ». Pas de promenade, pas de surprise, pas d’amis. Une vie réglée comme du papier à musique. Un jour Frenenqer se surprend elle-même en prenant la défense d’un chat mal en point devant son père. Elle le ramène chez elle. Dans la nuit pourtant ce n’est pas un chat qui la réveille mais un être étrange, mi-homme mi-gargouille, avec des ailes. Rapidement ces deux-là se rapprochent, lui la Libre Créature, se transformant à loisir, sans souci des convenances ou de la pudeur, elle jeune fille curieuse, intriguée, fascinée, mais surtout apeurée de ce qui lui arrive : n’est-ce pas déroger terriblement à tout ce que lui a appris son père que de recevoir chez elle cet inconnu ? Que de voler avec lui ?

► Mon avis
Ne vous fiez ni à la couverture (qui est selon moi horrible…) ni à la quatrième de couverture ! Ce roman peut en effet être lu par tous et dépasse largement ce qu’on pourrait en dire. Le propos n’est pas tant ce qui arrive objectivement à Frenenqer (la présence d’un garçon dans sa chambre, les escapades grâce à ses ailes) que les portes qui s’ouvrent peu à peu dans son esprit, la liberté de pensée qu’elle s’autorise peu à peu. Le facteur déclenchant, la Libre Créature, est comme les fées dans les contes : ce n’est pas lui le sujet du livre, il n’est qu’un prétexte. Le roman est donc beaucoup plus un conte, une fable qu’un roman, comme peut l’être Le Petit Prince.
Certains passages sont en outre vraiment bien écrits et bien vus, savoureux. Le tout se lit très vite et facilement. Une performance quand on sait que l’auteur l’a rédigé à 17 ans. Cette jeunesse explique cependant sans doute les défauts qui subsistent, comme la figure du père et l’image appuyée et récurrente de son doigt qui gâche malheureusement parfois la lecture.

Albin Michel jeunesse (Wiz), 2013, 332 pages. 
VO (USA) 2012.
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21 mai 2017

Super, Endre Lund Eriksen

C’est les vacances et Julie, 15 ans, est pleine de résolutions. Ses parents partis, elle a une semaine devant elle. Ce n’est pas de trop pour la liste qu’elle a établie : se baigner tous les jours, se faire tatouer, aller en boîte, embrasser quelqu’un, prendre une cuite, marcher en équilibre sur un pont…
Une précision : Julie est aveugle. Cerise sur le gâteau, elle fait la connaissance de Jomar, un garçon qui avoue rapidement n’être pas celui qu’elle s’imagine. Le mystère s’épaissit autour de lui mais Julie décide de lui faire confiance…

► Mon avis
Un livre qui se lit rapidement car l’action et les rebondissements ne manquent pas. Cela manque cependant cruellement d’intérêt. La 4e de couverture parle d’un « humour communicatif » mais cela m’a complètement échappé, sans compter que le style est plat, chaque phrase faisant une à deux lignes. Plus encore : ce n’est pas de la littérature qui propose mais qui répond à une demande supposée. Il est donc question de mal-être adolescent, de flirt avec les limites, de nouvelles expériences. Cela va d’ailleurs assez loin en ce domaine, ce qui peut être dérangeant pour certains lecteurs.
L’auteur cherche aussi à montrer de la profondeur via le handicap de Julie ainsi que de la noirceur via le personnage blessé de Jomar. On retombe cependant assez vite dans une morale classique. Un livre qui manque donc paradoxalement d’inventivité, de réelle hardiesse et qui se fait très vite oublier.

Thierry Magnier, 2014, 269 pages. 
VO (Norvège) 2009.
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29 novembre 2016

11h47, bus 9 pour Jérusalem, Pnina Moed Kass

Israël. Un jour apparemment comme un autre. Ils ont chacun leur passé, leur raison d’être là. Minute après minute, leur histoire, leur parcours, nous sont livrés. Il y a Thomas Wanninger, un Allemand de 16 ans qui arrive tout juste à Jérusalem. Il vient comme volontaire pour travailler dans un kibboutz et espère au passage apprendre la vérité sur son grand-père, nazi pendant la Seconde Guerre mondiale. Deux juifs s’apprêtent à l’accueillir : Baruch Ben Tov, jardinier passionné rescapé des camps, et Vera Brodsky, venue d’Odessa pour réinventer sa vie après le suicide de son petit ami. Il y a aussi Sameh et Omar, deux jeunes Palestiniens au sujet desquels les forces de sécurité s’interrogent. Des destins qui seront à jamais entremêlés par l’explosion d’un bus…

► Mon avis
Chacun porte son histoire, son passé, souvent lourd, souvent douloureux. Par un savant jeu de construction narrative à chacun est aussi donnée la parole : Thomas, Baruch, Vera sont successivement les narrateurs mais aussi des parents, amis, les jeunes terroristes, un patron israélien, un médecin, un journaliste, etc. Cela hache parfois un peu trop la lecture mais permet de multiplier les points de vue avec profit : les sujets auxquels s’attelle l’auteur sont en effet complexes et délicats. Conflit israélo-palestinien mais aussi suicide, honte, secrets de famille, travail de mémoire, etc. Le prisme des différents narrateurs permet d’appréhender sans caricature cette complexité. En peu de mots le lecteur touche par exemple du doigt les motivations de Sameh, le jeune terroriste palestinien.
L’explosion du bus survient à peu près au milieu de l’ouvrage qui est donc assez nettement divisé en deux. Ce choix est à mon avis une bonne idée : même si le titre français du roman et le récit des apprentis terroristes ne laissent pas grand doute sur la façon dont l’histoire va tourner, la première partie reste porteuse d’un futur qui aurait pu être autre : il n’est donc pas ici question de fatalité. À un bus près les choses auraient pu tourner autrement et il y aurait eu malgré tout de quoi faire un livre…
Ce roman réaliste est ainsi extrêmement riche, il parle de la difficulté de vivre le présent en assumant le passé, il parle des cauchemars qui nous poursuivent, des relations familiales et d’amitié, de la part obscure que l’on porte, mais aussi des humiliations quotidiennes subies par les Palestiniens ou encore des différents façon de lire le monde. De grands sujets abordés à travers un rythme soutenu qui tient le lecteur en haleine. Un exercice rare et maîtrisé, une matière précieuse pour la réflexion.

Milan, collection Macadam, 2005, 272 pages.
VO (États-Unis), Real Time, 2004.
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24 novembre 2016

Il y a un garçon dans les toilettes des filles, Louis Sachar

Bradley est un cancre et un cas. Il ment comme il respire et fait tout pour maintenir éloignés tous ceux qui pourraient être tentés de se rapprocher de lui. Avec l’arrivée de Jeff, un nouveau dans sa classe de CM2, et surtout celle de Carla, une conseillère d’éducation pour le moins originale, ses stratégies de défense sont mises à mal. Bradley pourrait bien changer…

► Mon avis
Louis Sachar est sans doute davantage connu pour son livre Le Passage que pour celui-là. Écrit une douzaine d’années auparavant ce roman est pourtant lui aussi réjouissant. L’attitude de Bradley, non conventionnelle, surprend sans cesse et fait sourire. L’auteur ne manque pas d’imagination et son héros comme son scénario regorgent d’idées. On regrettera simplement que la fin soit un peu inférieure au reste.

École des Loisirs (Neuf, « 9 à 12 ans »), 2001, 238 pages. VO (USA) 1987.
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22 novembre 2016

Mon Bel Oranger, José Mauro de Vasconcelos

Zézé a 5 ans et grandit dans une famille pauvre du Brésil. Il est très intelligent, curieux de tout, il connaît beaucoup de vocabulaire et sait déjà lire mais il a aussi le diable au corps et multiplie les bêtises. À cause de cela il est souvent battu, violemment, notamment par son père au chômage. Il se console auprès de Gloria, sa sœur, et auprès de Minguinho, un petit arbre auquel il raconte tout, même les histoires de cow-boys qu’il invente. Il peut aussi compter sur sa maîtresse, dont il fait la joie, et sur Aniovaldo, un chanteur de rue que Zézé accompagne le mardi. Mais ce qui va vraiment changer sa vie, c’est Portugâ, un homme riche qui va se prendre d’amitié pour lui, dans le plus grand secret, jusqu’au jour où…

► Mon avis
Il y a des classiques qui ne le sont pas par hasard. Qu’on le lise enfant ou adulte, le charme de ce roman d’inspiration autobiographique opère mystérieusement, irrésistiblement. Zézé est un personnage fantastique, extrêmement attachant, réaliste et humain. Page après page, il embarque le lecteur dans ses rêves, ses rires et ses pleurs. L’émotion est au rendez-vous et l’on ne peut que se laisser toucher, bouleverser malgré soi. Un livre à la fois triste et magnifique à lire ou relire sans hésitation. Un extrait d’enfance offert à l’état brut.

Sous-titre : Histoire d’un petit garçon qui, un jour, découvrit la douleur.
Hachette jeunesse (livre de poche), 1971, 247 pages. À partir de 10 ans. 
VO (portugais, Brésil) 1968.
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19 novembre 2016

L’Écho des cavernes, Pierre Davy

Préhistoire. Sapiens est confronté aux limites du « wroumpf » pour communiquer. Il décide d’inventer progressivement le langage. Des sons, des mots, des phrases, des intonations, des conjugaisons : une vraie révolution pour sa tribu…

► Mon avis
Un livre réellement réjouissant. L’humour qui s’y déploie ne parlera pas forcément à tout le monde mais j’y ai pour ma part complètement adhéré. L’auteur fait preuve d’une inventivité étonnante, multiplie les jeux de mots mais aussi les références bibliques, il joue sur les différents registres de langue et nous fait redécouvrir le langage. Un régal.

Syros jeunesse, 2002, 148 pages. « Dès 13 ans. »
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