28 août 2016

Papa et Maman sont dans un bateau, Marie-Aude Murail

M. Doinel est directeur d’une agence de transport routier. La crise n’épargnant personne il a déjà été obligé de licencier trois salariés et avec l’arrivée d’un jeune requin venu pour restructurer tout cela les choses risquent de ne pas s’améliorer. Rude mission pour M. Doinel que de protéger ses ouailles.
Mme Doinel, elle, est institutrice en maternelle. Sa classe est bien rodée : chansons sur le tapis, atelier gommettes, remplissage de yaourt avec des graines et traçage de traits verticaux, activités épaulées par Rolande, en admiration. Oui mais voilà, la mécanique s’use, Mme Doinel fatigue. L’improvisation guette...
Entre les deux, Esteban, CE2 brillant, rêve de machines à tout-va mais se fait persécuter à l’école à cause de sa petite taille. Sa sœur « Charlie » n’est pas non plus la reine de l’intégration. Sa copine Laura la délaissant elle se retrouve à côté d’Aubin, grand échalas et cancre pas méchant. À force de se prêter des stylos et de s’échanger des mangas, Bishonen Club contre Psycho Boy, ces deux-là finissent par sérieusement se rapprocher.
Quatre personnages aux prises avec la vie et les autres, avec des envies d’ailleurs. Cela tombe bien, Psychologie magazine a précisément publié un reportage sur la vie en yourtes...

► Mon avis
Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas lu de Marie-Aude Murail. J’avais d’ailleurs gardé un goût de déception après les derniers. C’est loin d’être le cas ici : le dédale entre les quatre personnages est mené avec brio. Une langue vivante, inventive et un don pour observer et transcrire le réel qui ne se dément pas. La classe de maternelle de Mme Doinel est un réel documentaire. On s’y croirait. Quelques faiblesses, notamment Esteban, personnage peu exploité surtout dans la deuxième moitié du livre et la pseudo-histoire d’amour entre M. Doinel et la femme de son patron, mais c’est vraiment pour chipoter. J’ai dévoré le livre et ai passé un très bon moment. Tout le monde peut s’y reconnaître : le monde impitoyable de l’école et de ses modes à suivre, la crise économique, la difficulté de gérer des petits, et bien sûr l’envie d’ailleurs... À noter que le tableau brossé au total est assez noir parce que réaliste – et Dieu sait que la vie n’est pas toujours évidente… Il y a notamment un suicide, mais sans tomber dans cet extrême il y a toutes ces difficultés économiques bien réelles, tous ces doutes que l’on peut avoir sur ce qu’il est bon ou non de faire. Et pourtant la vie continue...

École des loisirs (Médium, « 12 à 16 ans »), 2009, 294 pages.

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