15 septembre 2016

Soldat Peaceful, Michael Morpurgo

22h05. À 18 ans, Tommo Peaceful a décidé d’écrire et de ne plus s’arrêter de la nuit. Il a trop de choses à raconter et le temps est trop précieux.
Aussi loin qu’il s’en souvienne Tommo a toujours grandi sous l’aile protectrice de son grand-frère Charlie. C’est lui qui osait affronter le maître d’école, qui braconnait pour nourrir la famille et qui défendait leur grand frère Big Joe, atteint d’un handicap mental. Avec leur amie Molly, Tommo et Charlie formaient un trio soudé.
Lorsque la guerre est déclarée et que Charlie est convoqué, Tommo n’hésite pas et s’engage avec lui, malgré ses 16 ans. Le camp d’entraînement en France les met à rude épreuve mais ils sont loin du pire. Envoyés sur le front, dans les tranchées, ils connaissent la vermine, les rats, l’humidité permanente, l’attente, et surtout la peur qui s’insinue, irrésistiblement, quand les obus sifflent autour d’eux. Lorsqu’ils se retrouvent en mauvaise position, le sergent Hanley veut les faire toujours plus avancer. Mais Charlie n’a pas changé, il veille toujours sur Tommo et n’est pas prêt à obéir à un ordre stupide.
Tommo écrit et se souvient, tant qu’il est encore temps…

► Mon avis
J’ai emprunté ce livre par hasard, sans en rien savoir. Je ne savais même pas que l’auteur était britannique et non français et donc que ses personnages l’étaient aussi. J’ai mis du temps avant de le comprendre. Malgré le titre je n’avais pas non plus vraiment intégré que c’était un livre qui parlait de la guerre : celle-ci n’arrive qu’à la moitié du roman et il se passe bien des choses avant, des choses qui valent la peine d’être lues. L’écriture est très simple, les phrases courtes mais le tout est terriblement efficace. On suit Tommo dans son récit, on ressent avec lui : sa peur du maître, son amitié pour Molly, sa position difficile quand celle-ci lui préfère Charlie, ce frère qu’il estime tant. Lorsque Big Joe disparaît, on le cherche en même temps que tout le village, on s’inquiète comme sa mère et l’on craint le pire. Les sentiments sont dépeints avec beaucoup de finesse : quelques mots suffisent à montrer l’unité de cette famille.
Et puis la guerre arrive, le roman bascule d’histoires de gamins à des histoires de grands. L’auteur parvient à nous montrer que ce sont justement les mêmes, ces gamins arrivés de leur campagne, qui n’avaient jamais vu d’avion, qui se retrouvent au front, à devoir tuer pour ne pas l’être. Aucun manichéisme, aucune accusation explicite. Simplement des éléments ici et là qui font mouche : cette vieille dame dans la rue qui incite Tommo à s’engager pour ne pas être un « lâche », le sergent Hanley qui envoie ses hommes au casse-pipe pour une histoire d’ego, ce jeune Allemand qui laisse volontairement filer Tommo. La liberté de l’homme face aux décisions militaires. Une époque où obéir c’est être un homme et où réfléchir peut conduire au pire.
Rien de grandiose, de démonstratif : l’auteur met simplement en place une à une les pièces de son puzzle, le tout dépassant ses parties. L’émotion arrive sans qu’on l’ait vue venir et on se retrouve à pleurer sur la condition humaine, sa bêtise, sa fragilité mais aussi sa capacité de bien faire. Chapeau bas et merci. Un grand livre.

Gallimard jeunesse, 2004, 189 pages. VO (Grande-Bretagne) 2003. « À partir de 11 ans. » 
Prix Sorcières (roman adolescent) 2005.

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