17 septembre 2016

Ados sous contrôle, Johan Heliot

Lou est en en pleine crise d’adolescence. Ses parents, incapables de la gérer, décident de la confier à une société experte en la matière. Enlevée avec leur accord, elle atterrit donc dans un camp de rééducation, sous l’autorité de Patrick Drake, un homme sûr de lui, au sourire énervant. Lou observe les anciens stagiaires qui semblent s’être transformés en moutons, notamment les « APO », dont le comportement est vraiment étrange. Elle rencontre également Erwan, un ado qui a décidé de ne pas jouer le jeu de la rééducation et mène une grève de la faim. Souhaitant s’enfuir coûte que coûte, Lou s’allie avec lui mais Drake n’a pas dit son dernier mot…

► Mon avis
Un livre qui se lit facilement et sans trop de désagréments. A posteriori cependant, l’action quasi omniprésente semble être un cache-misère. Le personnage de Lou est notamment bien faible : les quelques phrases « typiques d’une ado rebelle » au début du livre (« Je n’arrive pas à croire que c’est juste à cause d’un peu d’herbe... Bon sang, tout le monde fume au bahut ! ») ne suffisent pas à la caractériser. C’est un personnage poussif. La relation établie avec le journaliste Muna, père d’Erwan, tombe du ciel, sans prévenir, et est bien improbable. Erwan est censé s’être suicidé puis réapparaît sans autre forme de procès. Drake est le grand méchant loup. Il y a aussi une petite dose de science-fiction pour faire bonne mesure : l’histoire se situe en effet dans un futur relativement proche, avec systèmes domotiques informatisés, surveillance vidéo et drônes, et surtout division de la population en deux quartiers, in et out, l’un hyperéquipé, protégé, l’autre délaissé. Ce décor n’est cependant pas très approfondi, il semble être là juste parce que c’est à la mode en littérature jeunesse. Les quartiers in et out sont à peine décrits, alors à quoi bon les avoir inventés ?
Bref si l’histoire peut satisfaire une lecture d’un jour elle ne recèle pas beaucoup plus d’intérêt. Dans une postface, l’auteur explique qu’il a voulu dénoncer les dangers d’une sécurisation à outrance (les camps de rééducation – au coût prohibitif – existent réellement aux États-Unis sous le nom de behaviour modification school ou de wilderness camp). Le sujet est très riche (il ressemble à celui traité dans Little Brother) mais cela ne suffit pas à en faire un bon roman. Sa vocation d’alerte est à mon avis desservie par les choix littéraires qui ont été faits : en plaçant son action dans un futur différent de notre quotidien, en favorisant l’action aux dépens de la description, l’auteur ne permet pas que le lecteur prenne à son compte les événements : ils restent dans l’ordre de la littérature. Bien dommage.

Mango (collection « Autres mondes »), 2007, 218 pages.

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