27 septembre 2016

La Fille de Noé, Géraldine McCaughrean

Dans la Bible bien sûr on parle des hommes : Abraham et ses trois fils, Sem, Cham et Japhet. Mais des femmes, nulle trace. Timna, la fille de Noé, raconte l’envers du décor du déluge : les animaux qui s’entretuent, les excréments dont on ne sait plus que faire, les mouches qui prolifèrent, la descendance promise à s’épouser entre elle, et puis tous les rescapés surnageant à la surface de l’eau et dont on se détourne délibérément... Pas de quoi se vanter en effet !
Timna obéit à son père, comme tout le monde, mais quand un jeune garçon (Kittim) et un bébé se retrouvent à portée d’être sauvés, elle ne peut refuser le geste qui les sauve. Elle les cachera donc, les nourrira en secret, pleine de remords de trahir ainsi son père et les projets de Dieu, se demandant sérieusement si ces enfants infiltrés ne serait pas le démon qu’elle, la fille, a fait entrer...

► Mon avis
L’idée de départ est bonne : prendre au pied de la lettre ce déluge, imaginer jusqu’au bout toutes ses incidences. Pourtant le livre laisse un mauvais goût en bouche. Est-ce dû à la critique implicite de l’Église, des fous de Dieu ? À une vision caricaturale des hommes ? À la bêtise de Timna qui soupçonne Kittim d’être un démon bien qu’elle l’ait sauvé, ce que l’on a bien du mal à comprendre ?
Il y a de bonnes idées d’écriture, notamment les chapitres attribués aux animaux et dans lesquels ils expriment leur point de vue sur cette aventure, mais une certaine froideur règne sur le livre, un manque d’humour. On sent la moiteur du temps extérieur, la chaleur et l’odeur animale, c’est peut-être réussi d’un point de vue littéraire mais c’est bien lourd pour le lecteur !
À noter aussi que la quatrième de couverture ne correspond à mon avis pas du tout au contenu et que je me suis donc tenue en porte-à-faux tout du long du roman, attendant que se réalise ce qui était annoncé : « Une jeune fille déchirée entre obéissance et générosité ». Elle n’a pas l’air déchirée, et elle ne se montre pas généreuse : si elle aide Kittim et le bébé cela semble plutôt le résultat d’un concours de circonstances qu’elle n’a pas le courage d’inverser. On y lit aussi : « Une magnifique leçon de tolérance ». Je ne sais pas où ils ont trouvé ça, moi je n’ai pas vu… Aurais-je davantage apprécié ce livre sans la quatrième de couverture ? Ce n’est pas impossible.

Gallimard jeunesse (Folio junior), 2005, 266 pages. VO (Royaume-Uni) 2004. « De 11 à 14 ans. »

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